2017 – Un dieu un animal

Un dieu un animal

De Jérôme Ferrari (Editions Actes Sud, Arles, 2009)

Mise en scène et adaptation Julien Fišera

Collaboration artistique Margaux Eskenazi

Avec Ambre Pietri et Martin Nikonoff 

Espace François Gauthier-Lafaye

Vidéo Jérémie Scheidler

Lumières Kelig Le Bars

Musique Olivier Demeaux / Accident du travail

 

Forme légère pour 2 comédiens

Une première étape a été présentée le 29 juin 2017 dans le cadre du Festival FIN DU MOIS au Théâtre Paris-Villette.

Pour 2018/2019

Ange Leccia, La Mer

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En introduction à la création de « Un dieu un animal » :

Ce dont les hommes ont besoin pour vivre

Note d’intention

 

  1. L’histoire d’un retour

 

L’intrigue du roman est simple : un jeune homme rentre chez lui en Corse après qu’ait tourné court une mission militaire en Afghanistan. Il se met en quête de retrouver son amour de jeunesse. Mais Magali, qui travaille comme DRH dans une grande entreprise et pour qui la violence des rapports humains est aussi le lot quotidien, ne peut rien face à ce que le jeune homme est devenu.

 

Le roman tresse une double narration : celle du jeune homme et celle de Magali. Ensemble, ces deux fils dessinent le portrait d’une jeunesse française d’aujourd’hui.

C’est l’histoire d’un exil, celui de Magali, et d’une fascination, celle du protagoniste.

Mais le roman est aussi l’histoire d’un retour chez soi, thème théâtral s’il en est : le plateau devenant la scène originelle.

 

 

  1. Un théâtre d’actualité

 

La réalité que dépeint Jérôme Ferrari est celle de milliers de Français. En effet, et dans une moindre mesure grâce à une campagne d’affichage récente assez efficace, l’armée française a reçu en 2015 plus de 150 000 demandes d’engagement. Qui sont ces jeunes qui souhaitent s’engager dans cette guerre qui ne dit pas son nom ? Qu’est-ce qui les pousse à devenir « guerriers et martyres » et comment réintègrent-ils ensuite la société ?

 

Ce fait de société est peu mis en avant : il est difficile de trouver les chiffres exacts du nombre de militaires qui se battent aujourd’hui pour la France et cette tâche est rendue encore plus difficile dans le cas de Sociétés Militaires Privées, ces entreprises auxquelles font appel les Etats, dont la France. Les méthodes de ces armées privées dirigées par des mercenaires des temps modernes, leurs champs d’application, les contrats qu’ils signent avec les belligérants restent obscurs. Et il s’avère que dans le roman le protagoniste est employé par une telle armée privée.

 

Ce qui me marque c’est l’engagement à corps perdu et que décrit l’auteur, de ces jeunes hommes et jeunes femmes qui décident d’aller comme ils le disent se rendre « utiles » et se battre pour notre nation. Et en miroir il est frappant de constater que cet engagement à corps perdu n’est pas sans rappeler celui des jeunes terroristes.

 

 

  1. Mettre en scène une langue

 

J’ai été immédiatement saisi par l’écriture de langue de Jérôme Ferrari. L’auteur, lauréat du Prix Goncourt en 2012, manie une langue lyrique et à la fois toujours très concrète. Le contexte et les situations sont proches de nous et je tiens à insister sur cette immédiateté.

 

Un dieu un animal s’inscrit dans la continuité des précédents spectacles de la compagnie. Jérôme Ferrari travaille une langue ample et puissante qui se déploie, comme celle d’Albert Ostermaier par exemple, le premier spectacle créé par la compagnie en 2004. Mais aussi dans la forme : le texte est en adresse directe comme 20 novembre de Lars Norén ou Eau sauvage de Valérie Mréjen que nous avons monté. D’ailleurs une des particularités de la narration réside dans le fait qu’elle soit portée par une adresse à la deuxième personne du singulier : « tu ». Le spectateur est immédiatement embarqué.

 

 

  1. Un spectacle sur la jeunesse pour la jeunesse à jouer partout

 

Un dieu un animal est porté par deux jeunes comédiens de mois de trente ans : Ambre Pietri et Martin Nikonoff. J’ai l’intime conviction que ce spectacle doit être présenté à un public jeune, lycéen ou tout juste engagé dans le monde du travail. Il me paraît essentiel que cet effet d’identification marche à plein.

Nous chercherons avec ce spectacle à nous en tenir à une proposition légère, dans la lignée de T5 de Simon Stephens ou encore de Face au mur de Martin Crimp que nous avons présenté dans des salles de spectacle mais aussi en extérieur en plein air dans le cadre de festivals notamment.

 

Du point de vue de l’espace, nous n’apporterons pas d’élément construit, mais seulement deux vidéoprojecteurs. Nous travaillerons en à-plat, dans un rapport frontal, en transformant le mur de la salle de classe (ou de l’espace qui nous accueillera, théâtre ou non) la surface de projection. Jérémie Scheidler qui signe la création vidéo de tous les spectacles de la compagnie depuis de nombreuses années a imaginé un dispositif simple, en grande proximité avec les spectateurs. Grâce à un dispositif de mapping et un ingénieux travail sur les surfaces de projection (poster, carte postale à coller au mur, projection sur les corps…) l’image est au cœur de la proposition.

 

Comme dans la dernière création de la compagnie, Opération Blackbird, nous glanerons des images dans différents films de référence : Flandres ou Hadewijch de Bruno Dumont, Ni le ciel ni la terre de Clément Cogitore, Apocalypse Now de Francis Ford Coppola –qui a donné son titre au roman– mais aussi Je veux voir de Joana Hadjithomas et Khalil Joreige ou Le Silence d’Orso Miret. C’est le montage qui fait image.

 

 

 

Ce principe « tout terrain » au plus près des spectateurs et de l’intensité des mots afin d’éviter une trop grande mise à distance. Je vise à créer un spectacle fort, sans pathos et encore moins de cynisme.

 

Le monde qui nous entoure est souvent brutal mais les femmes et les hommes qui le peuplent sont pleins d’espoir. Et cela les rend beaux.

 

 

Julien Fišera

Mars 2017

 

Peut-être suis-je enfermée dans une vie si minuscule que toutes les issues par lesquelles je pourrais m’échapper de moi-même sont maintenant murées.

Un dieu un animal