2018 – Raconter la ville

Un projet théâtral de Julien Fišera : Présentation le vendredi 18 mai 2018 à 19h

Commandes d’écriture à Jacques Albert, Samuel Gallet, Philippe Minyana et Valérie Mréjen

Textes interprétés par Hatice Özer, Camille Rutherford, Grégoire Tachnakian et René Turquois

 

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À la rencontre d’un quartier

La compagnie Espace commun que je dirige est en résidence cette saison 2016/2017 au Grand Parquet. Cette ancienne salle de bal est depuis peu la Maison d’artistes du Théâtre Paris-Villette c’est-à-dire un lieu dédié à la création, aux expérimentations théâtrales et avant tout à la rencontre. Et pour moi il s’agit avant tout de rencontrer un quartier. Un quartier mélangé, comme on dit.

La compagnie a une douzaine d’années d’existence et chaque projet porté, chaque spectacle, place au cœur la question de l’identité et du parcours de vie. Ce sont d’ailleurs souvent des parcours d’affirmation de soi.

 

Je suis frappé par la diversité des habitants tout autant que par le regard porté sur ce quartier. Ayant travaillé au Centquatre tout près et habité pas loin, ce territoire m’est familier. C’est un territoire que je pourrais qualifier d’extrêmement vivant, pauvre, et en mutation. Territoire que beaucoup de ses habitants considère comme périphérique il est surtout un rassurant refuge –je me souviens d’une jeune femme m’expliquant la difficulté qu’elle éprouvait à sortir d’un périmètre très serré autour de son domicile. Pour les réfugiés aujourd’hui comme pour les immigrés hier, ce quartier offre un arrêt, une suspension au cours d’un voyage. Et des fois ces arrêts durent longtemps. C’est cet aspect qui articule temps de respiration et envie d’un nouveau départ que j’aimerai traiter au théâtre.

 

Raconter les vies ordinaires

Le projet consiste à raconter les alentours du Grand Parquet et du Jardin d’Eole par ceux qui les peuplent. Raconter ce quartier à cheval entre 19ème et 18ème arrondissements de Paris. Si le point de départ de « Raconter la ville » est à trouver dans mon attrait pour ce quartier, il doit énormément à un projet éditorial intitulé « Raconter la vie ». Porté par Pierre Rosanvallon, directeur, et Pauline Peretz, directrice éditoriale, « Raconter la vie » –à la fois collection de livres et site internet– s’intéresse à la vie des autres et cherche à répondre au besoin de voir les vies ordinaires racontées. Plus qu’un besoin, avance Pierre Rosanvallon dans son ouvrage manifeste Le Parlement des invisibles qui ouvre la collection, c’est une nécessité : « des vies non racontées sont des vies diminuées, niées, méprisées. » Et aujourd’hui (en 2017) plus que jamais il me paraît important de nous pencher sur ces parcours rendus inaudibles. Sans rentrer dans les raisons qui ont rendues ces voix aphones, j’aimerai offrir un plateau à ces parcours de vie.

 

Un projet double : commande de textes et création théâtrale

Le projet se déploie en deux volets : une commande d’écriture et une réalisation scénique qui aura lieu tout début juillet 2017 sur la scène du Grand Parquet. La compagnie est spécialisée dans les écritures contemporaines, nous avons été à l’origine de nombreuses créations et commandes.

Sur scène j’inviterai 4 comédiens à porter les 4 récits proposés par les 4 auteurs. Mais j’aimerai également qu’aux côtés des comédiens figurent les hommes et les femmes à l’origine des récits.

 

Il est assez courant de voir sur le plateau des comédiens non-professionnels. Or à chaque fois j’ai l’impression que le fait même qu’ils soient justement non-professionnels arrête mon regard empêchant ainsi toute distance critique. Je suis littéralement fasciné, et à juste titre, par la capacité de ces hommes et de ces femmes à être au présent –qualité qui semble parfois manquer aux professionnels– et il m’est très difficile de passer la barrière du simple témoignage. En offrant la possibilité aux spectateurs de voyager entre comédien et témoin, je cherche du côté du comédien à le libérer de l’inévitable question de l’identification et de l’autre côté à dépasser le fardeau du pur témoignage.

 

Une expérience partagée

J’ai hâte de lancer ce projet, de rencontrer les habitants et de les inviter à ce temps partagé. Une expérience partagée à plusieurs niveaux : avec les auteurs, les comédiens et aussi avec les équipes du Grand Parquet et de la compagnie. Ce n’est pas un projet participatif, c’est un projet qui nait de la rencontre sur le terrain.

Et c’est cela qui me porte.

 

Aujourd’hui

Aujourd’hui tout reste à bâtir. Le désir est là, le soutien de « Raconter la vie », celui bien sûr du Grand Parquet, des rendez-vous ont été pris, des rencontres marquantes aussi mais il nous reste à imaginer le cadre financier dans lequel pourra prendre place ce projet auquel je tiens tant.

 

Le théâtre est cet endroit où résonnent les mots et les élans de vie. Il y a dans ce projet un élan qui indéniablement emportera les spectateurs et nous déplacera dans nos pratiques. La mienne pour sûr mais aussi celles des auteurs et j’en ai l’intuition celle de tous ceux que nous inviterons à nous rejoindre sur le plateau.

 

Les commandes

Quatre commandes ont été passées à des romanciers et à des écrivains de théâtre : Jacques Albert, Samuel Gallet, Philippe Minyana, Valérie Mréjen. Les deux premiers volets (de Valérie Mréjen et Philippe Minyana) ont été présentés en juin 2017 et l’intégrale des quatre textes le 18 mai 2018.