2004 – Titus Tartare

Titus tartare d’Albert Ostermaier

Première création de la compagnie espace commun, le spectacle a été présenté le 19 mai 2004 dans le cadre du festival Frictions à Dijon.

Pierre-Félix Gravière dans "Titus tartare"

Equipe

Texte Albert Ostermaier

Traduction Philippe-Henri Ledru

Mise en scène Julien Fišera

Avec Pierre-Félix Gravière et Clémence Bucher

Lumières Kelig Le Bars

Production Théâtre Dijon Bourgogne – Festival Frictions

Présentation

Titus Tartare se voudrait une parabole de l’écrivain engagé qui place son esthétique & ainsi son potentiel créatif artistique au service d’un pouvoir politique dont l’idéologie était au départ résolument d’orientation idéaliste.

Albert Ostermaier

L’œuvre d’Albert Ostermaier aspire au commencement. Elle convoite la primauté du langage et ouvre une lignée dramatique neuve. Son œuvre dessine l’alphabet de la scène à venir.

Auteur d’une dizaine de pièces, Albert Ostermaier est également poète et compositeur. Si son théâtre fait œuvre depuis longtemps en Allemagne, l’auteur, né à Munich en 1967, couronné cette année par le prestigieux Prix Kleist, reste méconnu ou même inconnu en France. On le confond d’ailleurs souvent avec son homonyme, le metteur en scène Thomas Ostermeier…

L’aspect si singulier de l’écriture de cet auteur s’illustre dans cette pièce Titus tartare. Albert Ostermaier s’attaque ici au temps fort de la barbarie, reprise de la tragédie shakespearienne Titus Andronicus et comme dans Macbeth, l’écriture est le lieu de l’« équivoque du démon », c’est-à-dire le champ du paradoxal et du polysémique. Le temps de la barbarie est celui du bouleversement des valeurs et de l’ordre normé des phrases. L’écriture d’Ostermaier, dans son rythme si particulier, y répond. Mais les mots fleuris sont ici des fleurs de la révolte.

Le lyrisme, l’aspect parfois épique de Titus tartare nécessite de trouver un souffle à une œuvre qui ne fait pas l’impasse sur le bégaiement et la redite. Partant d’un mouvement de déconstruction, le rythme se trouve et les phrases s’enchaînent. Les verbes servent de maillons et lient les énoncés ensemble.

Titus se présente comme une nouvelle figure de la modernité, empêtrée dans les mots. Les mots partagent le monde. Ce sont eux qui forment le terrain d’où nous sommes issus, eux qui nous donnent corps : « être un accident de mots », dit Titus. L’individu est par les mots.

Mais la figure de Titus peut se lire aussi comme la représentation du communicant moderne, de celui à qui l’on demande d’aiguiser ces armes nouvelles que sont les mots. Albert Ostermaier interroge le mode dramatique et réveille la fonction du spectateur, venu dérouler le fil de la parole.

L’auteur questionne aussi dans cette œuvre la notion d’intrigue comme celle de situation. Cette fable politique revient sur la trahison du pouvoir par les mots. L’auteur rejoint en cela des thématiques shakespeariennes, tout en traçant un pont avec le rêve d’un « acte sans paroles » cher à Samuel Beckett.

Pour la scène

L’homme ne s’avise de la réalité

que quand il la représente.

Et rien, jamais, n’a pu mieux la représenter que le théâtre.

Pier Paolo Pasolini

Titus le poète s’est mis au service de l’Empereur : il a servi sa gloire et celle de l’État. Abandonné et trahi, il s’empare de la scène pour partager avec le public son histoire.

Titus Tartare se compose de sept tableaux qui se déroulent sur deux niveaux différents. Le premier niveau nous présente Titus aujourd’hui, il s’adresse directement aux spectateurs et leur narre l’histoire de sa déchéance. Les trois tableaux du second niveau nous offrent des bribes, mis en scène par le protagoniste, de cette histoire. La fiction s’installe dans l’alternance entre ces deux niveaux dramatiques.

Ce procédé cherche à nous laver des formes de représentations habituelles. Partant d’un mouvement de déconstruction, le rythme se trouve et les phrases s’enchaînent. Les références aux œuvres passées ne sauraient nous aider à démêler ces mots. Aussi, il nous faut céder à Titus et le suivre dans les « extravagances de la sienne vengeance ».