2013 – Belgrade

Belgrade d’Angélica Liddell est le dernier spectacle longue durée de la Compagnie Espace commun. La pièce a été créée le 18 mars 2013 à La Comédie de Saint-Etienne.

Tournée 2013 / 2014 :
– le 25 septembre 2013 au Bitef Festival de Belgrade, Serbie
– le 3 octobre 2013 au Grand R de la Roche-sur-Yon
– du 8 au 12 octobre 2013 au Théâtre de Vanves
– les 16 et 17 décembre 2013 au Théâtre d’Arras

La pièce de l’auteur espagnole est publiée dans la traduction de Christilla Vasserot aux Editions Théâtrales / Maison Antoine Vitez (2010).

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« J’ai l’impression

Que le langage dont je dispose

Ne me permet plus de prendre possession de mes vrais sentiments. »

Belgrade d’Angélica Liddell, traduction Christilla Vasserot

Présentation

Mise en scène Julien Fišera

Avec Julie Denisse, Vladislav Galard, Alexandre Pallu, Laurent Sauvage

Espace Virginie Mira

Images et dispositif vidéo Jérémie Scheidler

Lumières Gilles Gentner

Musique Alexandre Meyer

Costumes Ouria Dahmani-Khouhli

Dramaturgie Adrien Béal

Assistant à la mise en scène Lélio Plotton

Administration et production Julie Comte / Le Magnanerie

Remerciements Thierry Thieû Niang, Thomas Mery, Compagnie La Controverse

Production déléguée Compagnie Espace commun. Coproduction La Comédie de Saint-Etienne – Centre Dramatique National. Avec le soutien du Relais – Centre de recherche théâtrale, du Théâtre Paul Eluard de Choisy-le-Roi, du Théâtre de Vanves – Scène conventionnée pour la danse et du Musée d’Histoire Yougoslave de Belgrade.

Belgrade a reçu l’Aide à la production de la DRAC Ile-de-France, l’Aide au montage du Centre National du Théâtre, l’Aide au développement et l’Aide à la production du DICRéAM du Centre National de la Cinématographie. Avec l’aide d’Arcadi dans le cadre des « Plateaux solidaires ».

Belgrade (Chante, ma langue, le mystère du corps glorieux) est publié dans une traduction de Christilla Vasserot aux Editions Théâtrales / Maison Antoine Vitez, Montreuil-sous-Bois, 2010. Durée : 1H40

Retrouvez ici la présentation du dispositif scénique sur le site de la scénographe Virginie Mira.

© Jean-Louis Fernandez

« C’est bizarre.

Que cette ville puisse continuer à s’appeler Belgrade, qu’on puisse encore partir en voyage à Belgrade, dire je pars à Belgrade, ou bien je vais prendre un avion pour Belgrade, et même que Belgrade existe, c’est bizarre, de dire Belgrade, le mot Belgrade, et que Belgrade soit une ville, et qu’il y ait des gens qui vivent dans cette ville, des gens de Belgrade. »

Belgrade d’Angélica Liddell, traduction Christilla Vasserot

 

Ecrite en 2008 Belgrade est une pièce inédite d’Angélica Liddell, jamais mise en scène. Ce texte à la forme poétique prend comme point de départ un évènement historique : les funérailles de Slobodan Milošević en mars 2006 à Belgrade en Serbie.

Travaillant pour le compte de son père, spécialiste des conflits balkaniques et lauréat du Prix Nobel, le jeune Baltasar recueille les témoignages d’habitants de la ville. Il fait notamment la connaissance de Dragan, gardien de musée où est exposée la dépouille du dictateur, d’Agnès, reporter de guerre de retour du Kosovo et enfin de Zeljko, un ancien militaire. Ces rencontres l’amènent à mettre en perspective sa compréhension de la situation politique et l’attitude de la communauté internationale durant les guerres de Yougoslavie. Baltasar rentre ensuite chez lui, en Espagne, et le conflit se fait alors familial.

C’est en travaillant sur Belgrade que j’apprends par ma mère que j’y ai passé du temps à plusieurs reprises dans ma petite enfance. Je n’en ai gardé aucun souvenir mais je me sens curieusement proche de la ville et de ses habitants.

J’ai grandi avec cette guerre. Je me souviens de la grève de la faim au Festival d’Avignon, du spectacle Requiem pour Srebrenica d’Olivier Py et d’images du Godot de Susan Sontag dans la bibliothèque éventrée de Sarajevo. Le sentiment de frustration et d’incompréhension que retranscrit Angélica Liddell dans Belgrade m’est familier. Je ne connaissais pas son travail mais je me suis immédiatement reconnu dans le projet de la pièce. La guerre a d’ailleurs été à l’origine de nombreux conflits dans la famille : il se disait que mon grand-père aurait soutenu les nationalistes serbes. Et que ces derniers auraient donné son nom à une rue de la capitale. C’est une hypothèse à laquelle je crois peu et j’ai vainement cherché à Belgrade une rue « Josef-Fišerova ».

Revient souvent dans la pièce cet aspect incompréhensible de nous-mêmes qui nous pousse potentiellement à commettre des actes d’une cruauté absolue que nul ne pourrait prévoir. Je pense souvent à la parole d’un médecin de l’hôpital de Sarajevo dans le film Les Vivants et les morts de Sarajevo : « C’est une guerre cruelle, aux comportements incompréhensibles, inexplicables. Personne ne pourra expliquer ce qui fait qu’un être humain soit capable de tirer avec de l’artillerie sur une maternité, sur un hôpital, sur des gens qui font la queue pour acheter du pain. (…) Qu’arrive-t-il à l’homme pour qu’il change à ce point, qu’il soit capable de ça ? »

Julien Fišera